L’affaire d’un viol collectif à Toulouse, filmé et diffusé sur Snaptchat, a déclenché une vague de dénonciations fallacieuses qui entravent l’enquête.
C’est sur le réseau Snapchat que cette sordide affaire de viol collectif à Toulouse (Haute-Garonne) a été révélée et c’est sur ces mêmes réseaux sociaux qu’elle continue de rebondir.

Lundi soir, la police nationale a demandé aux internautes dans un tweet de ne pas relayer, ni de diffuser une vidéo où l’on voyait une jeune femme être violée par plusieurs hommes. Ce sont les internautes, choqués par la violence de la scène, qui avaient signalé cette horrible vidéo sur Pharos, la plateforme publique permettant d’indiquer aux autorités les vidéos suspectes ou illégales diffusées sur Internet.

Vous êtes nombreux à nous signaler des vidéos présentant des actes sexuels non consentis qui seraient survenus dans la région toulousaine.
Les services compétents ont été saisis.
Merci à tous de ne pas relayer ces vidéos.

Après une enquête de la section de recherches de la gendarmerie de la Haute-Garonne et la brigade de recherches de Toulouse-Saint-Michel, la victime de ce viol collectif a finalement été identifiée mardi. C’est sur le parking de la discothèque Le Carpe Diem à Balma, dans la banlieue de Toulouse, que cette jeune femme de 19 ans, originaire d’Albi, a vécu un véritable calvaire dans la nuit de samedi à dimanche. Mercredi soir, une information judiciaire a été ouverte par le parquet de Toulouse pour « viol en réunion et enregistrement de vidéos d’actes sexuels non consentis ». La victime a déposé plainte mardi et a été entendue par les enquêteurs.

Sur la vidéo publiée d’abord sur Snapchat puis Twitter, la jeune femme semble tituber ou avoir été droguée. « Elle a été examinée par le service médico-légal et a parlé de quatre agresseurs, indique le parquet de Toulouse. Nous recherchons quatre personnes, peut-être plus. Des analyses toxicologiques sont en cours quant au fait qu’elle ait été droguée ».

Elle s’exprime face caméra et visage découvert
En parallèle de l’enquête judiciaire, une autre enquête bat son plein sur les réseaux sociaux. Lundi, après la diffusion de la vidéo, de nombreux internautes ont désigné les coupables de ce viol collectif, livrant leurs noms et leurs photos à la Toile. La victime a elle-même accordé une interview à un blogueur et polémiste lyonnais mardi !

Jeudi, la jeune femme a carrément disculpé dans une vidéo sur Instagram un jeune homme qui était accusé d’avoir participé à ce viol par les réseaux sociaux. Sur ce film où elle s’exprime face caméra et visage découvert, elle demande aux internautes de « ne pas faire d’amalgames » entre les suspects activement recherchés par les enquêteurs. « Je sais qui était là et qui n’y était pas », détaille la victime. A ses côtés, le jeune homme en question, qui explique avoir subi des menaces sur les réseaux sociaux, assure « ne pas être sorti ce week-end et ne rien avoir avec tout ça ».

Des pratiques qui compliquent un peu plus une enquête déjà ardue, alors que pour l’instant, personne n’a été interpellé. « Il faut prendre de la distance par rapport à toutes ces accusations périphériques à l’enquête, souligne le parquet de Toulouse. Il reste encore de nombreuses personnes à entendre. Tout ce qui est diffusé sur les réseaux sociaux ajoute à la confusion ». Une tendance qui inquiète les autorités : en début de semaine, des dénonciations fallacieuses ont aussi été diffusées dans l’affaire du père de famille tabassé à mort pour une place de parking à Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire).